Première étape de l’archipel

Nous contournons l’énorme digue de Las Palmas le 5 septembre vers 09h00. Les lueurs orangées que nous devinions quelques heures auparavant derrière « la Isleta », ne sont pas celles de la ville mais bien celles du gros port industriel qui nous rappelle à notre mauvais souvenir celui du Havre. Nous nous frayons un passage entre les tankers et les plateformes de forage, ces immeubles flottants guidés par de petits pilotes, afin de nous rendre au mouillage devant la « playa de las Alcaravaneras ». Et comme le nom de la plage le suggère nous avons le sentiment de stationner sur une aire de caravanes ! Ancrer entre buildings et grues, autant dire que la première impression ne peut définitivement pas être la bonne ! Relativisons, le mouillage semble bien protégé, nous ne sommes que 5 navires et la ville devrait constituer un bon point de départ pour visiter l’ile. Nous retrouvons au mouillage nos « Tockay du Révad’ », un couple super sympa sur un bel aluminium jaune, que nous suivons depuis Portimao. C’est d’ailleurs la première chose que nous avons vu en arrivant à l’entrée du port de Las Palmas, pensant d’abord qu’il s’agissait d’un « sistership » (bateau jumeau). Bah oui, partis après nous, il était irréalisable d’admettre qu’ils puissent être arrivés avant nous ! Surtout que sur cette étape nous avons battus nos records et moyennes habituelles en faisant jusqu’à 120MN par 24H, donc non, impossible, ce ne peut pas être eux ! Malheureusement nos espoirs et nos suppositions volèrent en éclats en un seul geste amical de Pascal, venu saluer notre arrivée sur le pont…
Il faut se rendre à l’évidence : Le Poulpe a le cul lourd et des marins frileux ! Néanmoins, après débriefe de nos traversées respectives, nous ne nous en sortirons pas trop mal avec seulement 4h de retard pour 5 tonnes de plus !

Lorraine et Pascal, ayant déjà gonflés l’annexe, nous invitent à partager leur embarcation afin de faire notre « Clearance » à la marina. Nous nous doutions que celle-ci au vue de l’ARC (Atlantic Rallye for Cruisers) et autres nombreux challenges serait rodée, mais nous furent tout de même surpris de voir à quel point. Le bureau possède un rouleau à ticket comme à la sécurité sociale et l’attente y est équivalente, le mouillage est payant, internet aussi et il possède une antenne spéciale « Anchorage ». Bref c’est VVV (Vu, reVu et Verrouillé !) On ne l’a leur fera pas à l’envers ! Optimistes et invaincus, nous nous tournons donc vers la découverte de la ville de Las Palmas mais là encore, elle ne fut pas aussi enjouée qu’à notre habitude. Ses rues sont immenses et bétonnées, une voie rapide longe le bord de mer et gâteau sur la cerise, c’est bondé de touristes ! La décision est prise, nous louerons une voiture dès l’arrivée de copain JB afin de fuir cette mégalopole triste et étouffante.

Le 9 septembre nous accueillons donc notre nouvel équipier à l’aéroport, avec la traditionnelle bière de bienvenue ! (Nous trouvions le collier de fleurs un peu trop classique et surtout beaucoup moins local !) Le soleil sur Las Palmas n’est pas au mieux de sa forme ces derniers jours, mais la chaleur est tout de même au rendez-vous et le dépaysement est total. Le temps des retrouvailles passé, nous avons la ferme intention d’aller voir si la roche est plus verte ailleurs sur ce fichu caillou ! Et bien « verde » n’est pas le qualificatif que l’on emploierait pour définir la Grande Canarie. C’est une île aride et sèche, nous offrant néanmoins des paysages désolés d’une beauté à couper le souffle. Le centre exhibe des cônes montagneux presque parfaits, dont le Pico de Las Nieves culminant à 1950m, ainsi que des « barrancos » abrupts (lits de rivières asséchées) nous plongeant dans un décor de vieux western. Le Nord, avec ses cultures en terrasses est le moins infertile, soumettant l’ocre des falaises à des nuances olives. Enfin l’Ouest, sauvage et oublié, contraste avec les zones touristiques surdéveloppées et dénuées de relief de la côte Sud Est.

Après avoir écumé les routes sinueuses à flanc de falaises de tout Gran Canaria, nous nous attaquons à la sempiternelle « to do list » du Poulpe. Après l’effort le réconfort n’est ce pas ?!
Le seul point positif d’une grande ville est la présence de nombreux « shipchandlers » aux abords de la marina. Ces magasins d’accastillage marins que nous fuyons au maximum en temps normal sont introuvables ou non achalandés quand vous en avez besoin ! Nous avons donc également une liste spéciale « ship » (ou la liste du dernier recourt) quand nous avons tenté par tous les moyens de fabriquer, récupérer ou troquer les dîtes choses manquantes. En l’occurrence deux nouvelles écoutes de génois, de l’antifooling et surtout une anode d’arbre d’hélice. Après avoir passé en revue les différentes échoppes, nous jetons notre dévolu sur la plus sympatique de toutes et trouverons notre bonheur dans la partie « occasion » de cette dernière (de la seconde main, parfait, cela se fait de plus en plus rare de nos jours !) Le commerçant honorera le nom de sa fonction en nous faisant un prix sur un lot de 40m d’écoute  comprenant deux mousquetons wichard en cadeau(100€ pièce) ! Nous pouvons donc à notre tour donner une seconde vie à nos bouts usagés. Nous avons également sorti, gratté et repeint le régulateur d’allure déjà bien attaqué par les algues et changé notre minuscule scorie par une nouvelle anode bien charnue ! (Il ne restait plus que le filetage de cette dernière !) Pour ne pas changer nos habitudes de plaisanciers tortionnaires, nous avons également fait gratter la carène à notre équipier du moment (A bons entendeurs, le frottage de coque fait partie intégrante du package ! Un séjour Poulpien = un bain brosse à la main ! Qui sont les prochains ?!)

Nous voilà donc prêt à lever l’ancre direction La Palma mais Eole en décide autrement ! 3 jours de vent et de crachin digne de la Normandie (bon par 25 degrés tout de même n’exagérons rien ! JB range ce pull !!) nous ferons patienter bien à l’abri au mouillage (celui-ci s’est d’ailleurs surchargé ces derniers jours : passant à près de 40 embarcations) et nous permettant de nouvelles rencontres. Nous découvrons des bateaux, des parcours et projets bien différents et même un Albion plan Caroff dont le propriétaire, Emilien, avait souhaité faire l’acquisition du Poulpe juste après nous. Le monde est vraiment d’une toute petite immensité parfois !!

7 réflexions sur “ Première étape de l’archipel ”

    1. On randonne sur La Palma en attendant le retour d’une petite brise puis direction Hierro pour l’île la plus sauvage de l’archipel !
      Et toi : prochaine étape ?

  1. Merci pour le compte-rendu ! Les paysages arides sont assez ouf quand même. C’est pas sur cette ile qu’il y a également des dunes / un désert de sable ?

    Des bises les amis

    1. Ola amigo ! Effectivement tout au sud de Gran Canaria il y a les dunes de Maspalomas… On s’en est approché s’en aller s’y perdre et de se que nous en avons vu c’est un peu « sur-vendu » et of course les photos google sont trompeuse : on est loin du sahara 🙂

  2. Toujours dss jolies photos! Ah oui… c’est pas le plus beau spot! Mais l’interieur est sympa! Bises de sous le crachin breton! On est avec Philipe et Ana qui sont là sur Mola Mola!

    1. Merci pour le petit mot les copains !!! Sympa les Canaries mais on galère pour les mouillages et surtout les marinas sont pas données… Après on se plaint pas non plus hein… 😉 Vous passerez le bonjour de notre part aux EX Bulle et trinquerez à la santé de Mola Mola. On vous envoie du soleil et du courage pour le boulot !!! @+

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *